21-12
Souvent je fais des rêves, et je me réveille dans un éclat de rire. C’est singulier parce qu’une minute après, je n’ai absolument aucune idée de ce qui m’a fait rire. C’est pareil pour mes pensées, si je ne les dis pas tout de suite, elles s’échappent. Je m’étonne de la façon dont les gens qui passent à la télé parlent si bien. Enfin, on comprend ce qu’ils disent ! Pour ma part, ma pensée est toujours discontinue… commence un raisonnement et puis par association saute à une idée, qui en entraîne une autre… C’est comme ça que ça fonctionne la pensée, non ? Non ? Mais non à la télé, ça ne se passe pas comme ça, peu de gens bafouille par exemple. Moi, je bafouille, je prends du temps avant de former une phrase. Je la retourne dans tous les sens, ça n’est jamais très clair, et puis ça s’éclaircit — des fois — ça se précise, et si c’est une discussion avec quelqu’un ça devient plus facile — pas toujours — l’autre nous aide à dire… En même temps c’est toujours les mêmes qui passent à la télé, c’est peut-être à cause de leur maîtrise du langage, cette facilité qu’ils ont à dire… Des professionnels en quelque sorte, ils doivent apprendre à dire… y’a pas d’autre solution. Ils commencent une phrase et vont au bout. C’est clair. C’est peut-être comme cela qu’ils gagent leur droit d’être là, assis devant nous à se marrer, échanger des anecdotes toujours tellement drôles et intéressantes…
Je suis toujours très étonné de voir à la télé les mêmes visages, ça se combine, ça se succède, ça passe d’une chaîne à l’autre indistinctement, d’une émission à l’autre, on s’esclaffe autour de la table, souvent autour de la télé. Ça ri, ho oui putain, ce’ que ça ri ! Un peu trop fort. Ils savent qu’on les observe quand même. Une sorte de communauté est là, dont nous ne faisons pas partie mais qui vit là sous nos yeux, et notre désir d’être parmi eux… Mais y’a pas de renouvellement, jamais. On voit les mêmes et ça minaude, c’est familial, si ça ne fait pas de bien, mon dieu, ça ne fait pas de mal, hein ! L’aristocratie s’étale, on les nomme avec des mots qu’on invente pour les rassembler, pour ne pas les perdre, pour ne pas qu’ils se perdent. Mais c’est une sorte d’aristocratie, un certain pouvoir, celui de la visibilité… Au moins !
Peu importe ce qui se dit tant qu’on est dans la bonne humeur, les gens ne font jamais la gueule ! Ils nous doivent ça ! Ils nous doivent une bonne humeur égale, c’est le prix qu’ils payent pour être là sous nos yeux à s’étaler comme sur les devantures des kiosques à journaux. Ou bien parmi tous, y’en a un, un seul, qui peut faire la gueule, on l’invite pour ça, c’est celui qui dit des choses du réel, de la vérité, la caution qui valide le cirque. Oui c’est un cirque, n’en doutez pas ! Mais ce’qu ça minaude toujours non de dieu, y’a pas à chier ! En même temps, ça passe, c’est pas lourd, c’est light, ça ne fait que passer, y’a qu’à rester devant. Attendre que ça passe un bon moment. Et puis, sur tous ces gens réunis sur le plateau, il y en a toujours un qui nous est sympa, celui qu’on aime bien, un familier, on aime ses chansons, ses films, ses bouquins, on sait qu’il est intelligent, généreux, c’est bien ce qu’il fait, ce qu’il dit, oui c’est vachement bien ce qu’il dit. Alors pourquoi, qu’est ce qu’il fout avec les autres ? Il vient vendre ses trucs, il a vraiment besoin de faire le représentant pour vendre ses trucs ? Besoin de vendre au porte-à-porte, son dernier album ? C’est pas grave, rien n’est grave en l’occurrence ici ; et quand on récolte l’argent des tumeurs, l’argent des mucoviscidoses, des enfants de la misère, y’a ce ton sérieux qui dit son ton sérieux. Ça redonde ! Faut faire gaffe ! Et pourtant ça continue d’être superficiel au défilé des monstres, au défilé des bons sentiments, et le pognon afflue alors, on continue ? On est bien persuadé là que tout ce cirque sert enfin à quelque chose, la télé fait son devoir pédagogique, culturel, entraide entre les peuples, récolte les fonds, dans l’élan national général, cette haute idée de la télé que nous avons, prend enfin son sens à la foire des bons sentiments, relier les gens dans l’enthousiasme nous les rends fier nos figures connues, nos figures domestiques, apprivoisées qui nous appartiennent comme nos photos encadré sur les meubles, sur la télé !
28-12
Margareth Thatcher ! Quelle femme ! Vous savez ce qu'elle disait : "Economics are the method; the object is to change the soul." C'est fort, non ? C'est envoyé en tout cas… Elle a dirigé le royaume pendant 11 ans ! J'en reviens pas. Cette femme, avec une vision politique, une vision du monde, "changer l'âme". Aujourd'hui, ils ne lui arrivent pas à la cheville, tous autant qu'ils sont. Aucun.









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