Images aléatoires

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Présentation

Profil

  • : Clarac
  • assassin-anglais-phaz1
  • : Homme
  • : 26/03/1970
  • : Marseille PACA panier Port St louis cité radieuse
  • : musique cinéma art littérature graphisme
  • : cinéaste vidéo et performer vit à Marseille. Il fabrique des fictions longs métrages de genre depuis 1994 ("mano a mano", "la vie même"). Il a commencé "l’assassin anglais" en 2002 (fin de la 2ème phase en 2008), films de SF paranoïaque et

Tentative d’analyse 1 : La machine Lovecraft

Le premier épisode de La saison 2 de L'assassin anglais débute avec des corps malades, mais aussi des esprits malades, comme on dirait d'un esprit pervers qu'il est malade. Le DRH est l’un des premiers personnages à apparaître, le premier qui parle vraiment : les sons sortent de sa bouche sans post-synchro.
D’abord ça commence par un montage cut, faux-raccords, extraits de parole du DRH fébrile, montage fébrile. Ça raccorde sur un écran d’ordinateur, travelling avant et accéléré d’une zone commerciale, une photo d’Una Personn, femme-image s’interpose devant l’écran, un bras menotté tient la photo, puis se gratte ostensiblement, retour sur le 2ème écran en un plan qui permettra d’introduire Lomax, l’architecte, master of Formule one en extérieur jour ! Il gratte la vitre d’une voiture stationnée sur un parking d’hôtel Formule 1. Tu crois au bonheur familial toi ? question lancée à on ne sait qui.
Ensuite, ça revient en intérieur jour, un panoramique nous montre le DRH seul, sans interlocuteur, il parle de la misère d’un monde auquel il appartient, auquel il participe, c’est intelligible, volubile et puis ça s’entrecoupe. Il dit qu’il a le corps comme attaqué, il nous le démontre en rigolant d'abord, avec un spasme joué, sans trop y croire, et puis petit à petit ça vient, il mange une barre chocolatée, pour se calmer, mais c'est parti : son conditionnement fout le camp, son corps est attaqué, pris de convulsions. Des fausses convulsions aux vraies… il se traîne bientôt par terre, tremblant, bavant, se recroqueville, disparaît à moitié sous une table en plongée, corps sans tête.
Les convulsions et équivalents épileptiques sont bien souvent des symptômes de maladies autres. Ces crises traduisent l'expression de la souffrance cérébrale. Ici dans L'assassin anglais cette crise traduit une crise de l'auteur lui-même, sa contradiction-même : son désir de fiction, son amour du cinéma et une crise de croyance, croyance dans le monde, croyance dans le cinéma, croyance dans la fiction, qui mène à un paradoxe entre dépendance, addiction aux images et refus d'en faire par saturation d'images et de sons (en électronique, on parle de saturation pour les amplificateurs électroniques lorsque la tension d'entrée ou de sortie de l'amplificateur a atteint le maximum de ce que peut fournir l'amplificateur.) Ce monde : environnement, écologie, social, politique, un monde de la pensée, de l’art, ce monde est malade. Et ce qui est malade par-dessus tout c'est le corps du film lui-même : son histoire, la fiction, l'incarnation de ses personnages.

L'épisode entier est pris dans ce malaise, ce mal-être : comment continuer à croire, la croyance ayant été mis à bas par la pensée, mais aussi par le système capitaliste et son agent de contrôle premier, le marketing ? Croyance, dans les images et les signes et symboles, dissoute. Images vidés de leur substance par saturation, prolifération et retournement sans fin, et ce sinistre cynisme de l’époque…
Dimitri van Gesthalt, l'esclave sexuel de Miss Brunner, se gratte le bras convulsivement, il est menotté devant son écran d'ordinateur, il surveille, le DRH, il fait le lien avec Lomax, mais il est sous dépendance, dépendance médicamenteuse, dépendance des images, dépendance de cette jeune femme (Alice Odessa) qui fait elle-même image, femme-image/image-femme qui lui fournie sa drogue.

Un corps malade, un corps lourd, un poids mort pour Lomax dans sa caisse sur le parking du Formule 1 – l’hôtel pas la voiture (On ne croit même plus en l'architecture, et c'est ça l'architecture du futur) ! Lomax se débat dans ce réduit, il est à l’intérieur de l’habitacle, il soulève, secoue le corps mort pour lui faire changer de place, le mettre à la bonne place, la place du mort ! Le mort, c'est celui qui ne conduit pas en l'occurrence. Sous les yeux de cette jeune femme à travers le pare-brise, assise sur le capot de la bagnole, comme ses magazines de charme où l’on voit poser des filles qui se dénudent sur des voitures de sport, mais là, la femme n’a qu’un mouvement vers sa cheville dénudée, nous ne sommes pas sur le parking d’une propriété de Malibu, et la voiture n’est pas une voiture de sport. Mais c’est encore une femme-image, elle s'intéresse si peu à tout ça, puisqu’elle n’intéresse qu’elle-même.

Il y a la maladie mentale de Franck Cornélius, qui jacte, jacasse dans une volubilité incompréhensible, regard caméra goguenard, on n'y croit pas, on est dans un film, je joue un personnage dans un film, comment croire ? Comment vouloir croire encore alors que toutes les histoires ont déjà été racontées, puisqu'elles se confondent dans le siècle avec les idéologies de la mort ! La fiction au service des psychopouvoirs ! Le cinéma nous dit comment désirer dit Slavoj Zizek dans son Pervert's Guide To Cinema, c’est encore plus vrai avec le marketing de masse. Franck parle d'un scénario du pire qui n'existe pas mais qui pourrait exister dans une sitcom à la con ! Que des malades ! Et au milieu, Franck Cornélius se balade seul dans les couloirs du Corbusier, la Cité Radieuse, mais il pourrait tout aussi bien être dans les couloirs d'un hôpital psychiatrique.
Sa main est bandée, il a des problèmes de préhension, encore un corps malade, cicatrice au visage. Homme de pouvoir mais sans main qui ne croit pas réellement à ce qu’il nous raconte (on pourrait, ça pourrait).


L’Evêque Beesley et son esclave-chien à quatre pattes, Job Ramirez. A job, son Job, c’est d’être un tueur, tueur sans main, nu, corps né-amputé qui se comporte comme un chien, tandis que l’évêque baffre avec application. J’ai toujours vu dans ce corps, celui de Jean-Clair Bonnel l’acteur qui est Job, la revendication (inconsciente, inconvenante) d’une époque, l’impossibilité pour notre génération de manifester, privée de main, il nous faut travailler sans. Qu’il puisse être un tueur débile est incongrus. Mais on parlait de corps débile au siècle dernier…  D’ailleurs Job ne parle pas, il râle, il grogne, il parle dans une langue étrangère ; il y a cette impossibilité de manifester, de faire jouer notre corps dans le corps social qui est malade lui-même, puisqu’on l’ampute petit à petit de ses libertés, de ses désirs. L’invention de nouvelles langues nous pourraient-elle nous redonner goût et croyance au monde finissant ? l’art donc… D’ailleurs Jean-Clair Bonnel, l’acteur et créateur de Job Ramirez, est artiste, peintre et inventeur de langues, poète…
L’Evêque Beesley et Job Ramirez au presbytère sont dans une situation perverse, l’évêque est joué par une femme qui se délecte : il/elle mange une sorte de mélange un peu dégoûtant et indéfinissable – le bloubiboulga de notre enfance ? Et lui se traîne à ses pieds. Corps réduit à des considérations organiques : respirer, grogner, râler, gros plan sur les oreilles, la bouche, le nez, les dents, la cage thoracique qui se soulève comme si le corps était habité par autre chose qu’un être humain…
Si la scène est terrible, c’est par une sorte de sentiment de dégoût qui se noue entre cet esclave servile et son maître qui se goinfre, mais on reste encore en dehors de l’émotion, tout se déroule sous nos yeux sans que vraiment nous y participions.

Miss Brunner, grande prêtresse physicienne vampire, et le Professeur Hira avec ses cheveux rouges scientifique fou, jouent à un jeu pervers, leurs rapports sont tordus, leur relation est prise dans un rapport de pouvoir incompréhensible. Rapports humains malades, confus dénué d’émotion, c’est une femme-image dont le pouvoir principal est la fascination, elle fait disparaître carrément le corps même du Professeur Hira au terme d’une sorte de coït qui ne dit pas son nom. Il ne reste qu’elle, en travers du lit, qui s’étire…
On est dans un désir, désir de se perdre, d’être absorbé et dissout. Désir pervers. La libido n’a pas fini d’être épuisée et pourtant on vit une époque qui l’épuise (marketing et consommation). C’est le sens de la consommation qui, pour Bernard Stiegler, est un détournement de la libido, le capitalisme comme grand détournement de la libido jusqu’à son épuisement. Les signes et images en sont l’agent. Images-désir, image-femme (ou homme), objet de consommation, d’absorption, de dévoration.
Désir sans fin du vampire-junkie jamais repus, jamais rassasier d’images dont la vérité n’est plus l’objet. La question de la réalité a été évacuée avec celle du vrai et du faux, seule l’image reste, parce que ressasser ad nauseam comme dans un film porno, l’image qui est devenue sa propre vérité, et qui devient pour nous la seule réalité dont il nous est impossible de nous sevrer.

On verra à la fin de l’épisode cette maîtresse image-femme, Miss Brunner, mordre le cou de son esclave sexuel — qui est aussi le réalisateur — apposer la marque de ses dents sur le cou de sa victime consentante, laisser son empreinte jusqu’à ce que les images s’accélèrent, saturent, deviennent incompréhensibles, I.R.M de cerveau, couloir du Corbusier, soleil rouge, femme fatale, homme ensanglanté jusqu’à un effet quasiment cinétique et subliminal. Ce qui se passe dans cette accélération des images, c’est une sorte de court-circuit du cerveau par une saturation, corps et cerveau intimement liés, secousse, convulsion du montage, comme le corps du DRH au début.
L’entropie nous gagne, énergie centripète, hybridation de l’intérieur avec l’extérieur. Nous vivons cette accélération et nous ne reviendrons pas en arrière. Les personnages sont hybrides, eux qui jouent à être eux, acteurs, non acteurs, images-femmes, stéréotypes-hommes, archétype du mal… hybrides comme le film.
Accélération et qui mène à un travelling latéral sur le Corbusier, faux château, extérieur nuit, retour au calme, bâtiment inquiétant en contre-nuit.

 

A suivre


Aujourd’hui, nous voyons bien que le problème n’est plus de la même nature. (L’évolution de l’homme par le développement technique). Nous voyons bien que ce processus d’extériorisation semble arriver à son terme et que c’est un processus d’intériorisation de la technique qui est vraisemblablement en train de se mettre en place […] C’est en effet un processus d’hybridation — qui peut certes donner le sentiment d’une ubris, et donc d’une démesure , sinon d’un crime.Une hybridation entre le vivant et le non vivant, entre l’artificiel et ce que l’on appelle le naturel.
Economie de l’hypermatériel et psychopouvoir
Bernard Stiegler.
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