Tentative d’analyse 2
Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer, infusé d’astres, et lactescent,
Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;
Le bateau Ivre – A. Rimbaud
L’assassin anglais, saison 2, c’est la Phase critique. Entendre le jeu de mot entre la dimension critique du film et le point d’incandescence, le point critique, la masse critique atteinte avant que tout n’explose. Elle se compose de 3 épisodes qui se répondent en diptyque. L’épisode 2, l’autre apocalypse, c’est le pivot qui fonctionne avec l’épisode 1 Lovecraft machine, pour dire une chose de la constatation d’un monde pourrissant, de l’épuisement de ce monde, de ces ressources naturelles, politiques, artistiques, de sa consommation jusqu’à sa consumation. L’autre apocalypse, c’est l’arrivée d’un messie par les eaux, l’arrivée de Jerry Cornélius par la mer en Christ ressuscité, c’est le moment de la masse critique. L’épisode 2 avec l’épisode 3, l’état du monde, pour le retour à cet état du monde-même qui n’en finit pas de se déliter.
Les deux premiers épisodes marchent ensemble de cette manière : il s’agit de préparer la venue du messie. Dans le 1er épisode le pré-générique débute avec la mallette, boîte de pandore, que Job finira par ouvrir à la fin du 2ème épisode pour déchaîner une nouvelle apocalypse, l’autre apocalypse, c’est-à-dire l’ultime venue du Christ, un type pour sauver le monde, quoi ! Dans le 2ème épisode, le pré-générique, c’est Una Personn dans sa baignoire, qui en sort, prend le risque de mettre un pied par terre, l’épisode finit avec l’arrivée de Jerry Cornélius/Jésus Christ par la mer.
Les deux épisodes, le 2 (l’autre apocalypse) et le 3 (l’état du monde) eux, fonctionnent avec cette montée vers des lendemains qui chantent avec un point culminant à la fin de l’épisode 2, jusqu’à une inversion littérale de l’image, jusqu’à son négatif. Et le contact de Miss Brunner avec le nouveau messie polymorphe triomphant sorti des eaux. L’épisode 3 L’état du monde, malgré des nouvelles radiophoniques enchantées et enchanteresses, ne mène qu’à la constatation d’un monde qui ne change pas mais va à sa perte, s’enfonce inexorablement. Jerry Cornélius sortit de la mer n’est qu’un homme qui se cache dans sa baignoire, l’horreur est sans nom : Hiroshima, guerre du Viet-Nam, déportation, Sarajevo, Rwanda… Le héros tant attendu se cache, à recherche d’une sorte de sécurité matricielle (baignoire, eau chaude, apnée) sécurité qui ne se trouve plus auprès des femmes indépendantes et autonomes, inquiétantes et qui n’ont plus besoin des hommes.
Una Personn sort de la baignoire dans le pré-générique donc. Et puis on la verra au pied du Corbusier (l’antre du mal incarné par Franck Cornélius qui l’habite comme un psychotique dans un hôpital psychiatrique). Elle part du rez-de-chaussée, par l’ascenseur où elle croise le fantôme vampire de sa sœur, femme à 3 têtes en fondu enchaîné, sorte de trinité ; elle monte jusqu’à la terrasse, l’air libre, fracasse un homme avec une certaine délectation sous les yeux d’une autre qui ne bouge pas médusée. Una Personn est la gorgonne, méduse qui flingue (voir le plan ralenti de ses cheveux qui volent dans le vent) : on aura beau se cacher derrière des miroirs, ce qu’elle flingue, elle le transforme en pierre (représentant encastré dans le mur). Mais elle est aussi Pandore qui déchaîne les maux de l’humanité sur terre.
L’épisode 2 et une longue progression de situations différentes et qui montent en acmé ça commence par un montage parallèle : Job Ramirez et la mallette qu’il veut ouvrir, Una Personn vengeresse au Faux-château le Corbusier et Miss Brunner au bord de mer dans l’attente de Jerry Cornélius ; même si les situations se déroulent plus ou moins dans les mêmes temps, les plans n’offrent pas vraiment de simultanéité ou de causalité entre eux, il y a des falshbacks (Una Personn fracasse le crâne du zouave sur la terrasse du Corbusier), des arrêts dans l’action (Una Personn et le fantôme de sa sœur dans l’ascenseur, Dimitri qui attend sa dose et la danse du “petit représentant“, Una, qui prend le temps de regarder à travers les fenêtres, l’extérieur, Franck qui fait son discourt sur le marketing, Job qui tourne autour de la mallette et se rebelle contre l’Evêque en lui imposant de se taire). Ce montage parallèle se transforme petit à petit en montage alterné. Toutes les situations sont alors en rapports par rapprochement visuel et sonore, raccords d’élément, récréation du corps du christ avec plusieurs corps, symboles et allégories : un manteau rouge qui s’envole devient un coup de feu. La main de Jerry Cornélius, main qui sort de l’onde, ouverte en supination devient la main trouée de Franck Cornélius le frère. L’ouverture de la mallette par Job Ramirez rejoint les coups de feu et la destruction ; la boîte de Pandore est ouverte et c’est Una Personn qui figure tous les maux de la terre, donc Pandore elle-même. Et là l’allégorie s’inverse puisque Pandore tue ce qui est considéré dans le film comme les maux de la terre eux-mêmes : les représentants.
Il s’agit de faire se rejoindre toutes les histoires du monde : mythologies, récits bibliques, fables dans un processus figuratif qu’il soit littéral, en écho ou par des associations. De faire appel à des inconscients collectifs de spectateurs, des réminiscences par collures, flashs, collusions pour raconter ce monde en perdition. Ce monde instable, au bord du gouffre, qui va à sa perte est lui-même instable par la façon d’être conté, raconté dans L’assassin anglais, puisque les personnages et situations s’anéantissent dans la prolifération des signes, symboles, allégories, renversements, défaillances du scénario, des personnages, des croyances.
Cette histoire qui était déjà une doublure du monde en forme de cauchemar, par son négatif : rapports pervers érigés en norme, figure corrompue et répugnante des pouvoirs (Franck Cornélius le chef d’entreprise est le mal incarné, l’ecclésiastique dégoûtant, la scène d’amour physique sans sexe, sans amour vécue comme une prédation avec Miss Brunner et le professeur Hira) de l’épisode 1 et 2 s’inverse dans l’épisode 3, mais cette inversion n’est pas possible.
L’envers de l’envers n’est pas l’endroit. L’épisode 3 dit une chose et en montre une autre. C’est la machine Lovecraft en action, c’est la boîte de Pandore qui donne accès au multi-univers : tout est possible et son contraire. Tous les films de S.f qui parlent du voyage dans le temps le disent, si vous changez le cours du temps, vous créer un paradoxe, une autre réalité, pas celle que vous connaissez, une autre. Ici dans l’épisode 3, c’est comme si plusieurs réalités coexistaient. Ainsi l’envers de la fiction prend la forme d’images documentaires pour commencer l’épisode 3 : guerre en Irack, Rwanda, Viet Nam, Hiroshima, essais nucléaires, camp de concentration, raccord sur des points qui explosent qui deviennent des regards, raccord sur des regards jusqu’à l’aveuglement. Documentaire et fiction se mélangent et co-existe dans une confusion contemporaine. L’œil de Jerry Cornélius affleure à la surface, l’horreur n’est pas une prise de conscience qui nous ferait nous lever, bondir hors de nous, c’est un poids qui nous enfonce, ici dans une sorte d’impuissance, tandis que Jerry s’enfonce dans sa baignoire, on se noie dans un verre d’eau. Ensuite la radio, les médias racontent les aventures du messie Cornélius/Brunner qui résout tous les maux de l’humanité : guerre, famine, maladie, économie, accidents telluriques qui engendre la destruction. Et le film par son régime d’images aux couleurs crasseuses, saturées, bascule dans l’ombre, le délitement, l’engluement dans des situations banales : Dimitri Van Gesthalt est devenu l’un des meilleurs représentant de sa boîte, il baise, se rase, prend son café que sa petite femme lui a préparé, part au boulot jusque dans le centre commercial. Il finit dans le désert, face à la mer, ensablé, animal insecte, kakfkaïen.
Pourtant cet engluement s’explique par des absences, tellement d’absences que nous sommes manipulés mentalement comme le dit en critique Franck Cornélius. Cette absence est celle de la filiation. Les personnages de L’assassin anglais n’ont pas de père, ni de mère, et pas d’enfant. Ils flottent dans un monde sans genèse, ni finalité, du coup à chaque fois, ce qu’il faut ré-inventer ce sont toutes ces histoires, ces fables, ces mythes qui ressurgissent mais de manières confuses, indistinctes, perturbées. Nous n’avons aucun héritage à transmettre car ce que l’on nous a transmis c’est le chaos et la destruction sans espoir d’un monde meilleur. Lorsque la boîte de Pandore fut ouverte, tous les maux se déversèrent sur terre : Vieillesse, Maladie, Guerre, Famine, Misère, Folie, Vice, Tromperie, on dit que Pandore referma la boîte trop tard pour les retenir, et que seule l'Espérance, plus lente à réagir, y resta enfermée...
(à suivre)
Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer, infusé d’astres, et lactescent,
Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;
Le bateau Ivre – A. Rimbaud
L’assassin anglais, saison 2, c’est la Phase critique. Entendre le jeu de mot entre la dimension critique du film et le point d’incandescence, le point critique, la masse critique atteinte avant que tout n’explose. Elle se compose de 3 épisodes qui se répondent en diptyque. L’épisode 2, l’autre apocalypse, c’est le pivot qui fonctionne avec l’épisode 1 Lovecraft machine, pour dire une chose de la constatation d’un monde pourrissant, de l’épuisement de ce monde, de ces ressources naturelles, politiques, artistiques, de sa consommation jusqu’à sa consumation. L’autre apocalypse, c’est l’arrivée d’un messie par les eaux, l’arrivée de Jerry Cornélius par la mer en Christ ressuscité, c’est le moment de la masse critique. L’épisode 2 avec l’épisode 3, l’état du monde, pour le retour à cet état du monde-même qui n’en finit pas de se déliter.
Les deux premiers épisodes marchent ensemble de cette manière : il s’agit de préparer la venue du messie. Dans le 1er épisode le pré-générique débute avec la mallette, boîte de pandore, que Job finira par ouvrir à la fin du 2ème épisode pour déchaîner une nouvelle apocalypse, l’autre apocalypse, c’est-à-dire l’ultime venue du Christ, un type pour sauver le monde, quoi ! Dans le 2ème épisode, le pré-générique, c’est Una Personn dans sa baignoire, qui en sort, prend le risque de mettre un pied par terre, l’épisode finit avec l’arrivée de Jerry Cornélius/Jésus Christ par la mer.
Les deux épisodes, le 2 (l’autre apocalypse) et le 3 (l’état du monde) eux, fonctionnent avec cette montée vers des lendemains qui chantent avec un point culminant à la fin de l’épisode 2, jusqu’à une inversion littérale de l’image, jusqu’à son négatif. Et le contact de Miss Brunner avec le nouveau messie polymorphe triomphant sorti des eaux. L’épisode 3 L’état du monde, malgré des nouvelles radiophoniques enchantées et enchanteresses, ne mène qu’à la constatation d’un monde qui ne change pas mais va à sa perte, s’enfonce inexorablement. Jerry Cornélius sortit de la mer n’est qu’un homme qui se cache dans sa baignoire, l’horreur est sans nom : Hiroshima, guerre du Viet-Nam, déportation, Sarajevo, Rwanda… Le héros tant attendu se cache, à recherche d’une sorte de sécurité matricielle (baignoire, eau chaude, apnée) sécurité qui ne se trouve plus auprès des femmes indépendantes et autonomes, inquiétantes et qui n’ont plus besoin des hommes.
Una Personn sort de la baignoire dans le pré-générique donc. Et puis on la verra au pied du Corbusier (l’antre du mal incarné par Franck Cornélius qui l’habite comme un psychotique dans un hôpital psychiatrique). Elle part du rez-de-chaussée, par l’ascenseur où elle croise le fantôme vampire de sa sœur, femme à 3 têtes en fondu enchaîné, sorte de trinité ; elle monte jusqu’à la terrasse, l’air libre, fracasse un homme avec une certaine délectation sous les yeux d’une autre qui ne bouge pas médusée. Una Personn est la gorgonne, méduse qui flingue (voir le plan ralenti de ses cheveux qui volent dans le vent) : on aura beau se cacher derrière des miroirs, ce qu’elle flingue, elle le transforme en pierre (représentant encastré dans le mur). Mais elle est aussi Pandore qui déchaîne les maux de l’humanité sur terre.
L’épisode 2 et une longue progression de situations différentes et qui montent en acmé ça commence par un montage parallèle : Job Ramirez et la mallette qu’il veut ouvrir, Una Personn vengeresse au Faux-château le Corbusier et Miss Brunner au bord de mer dans l’attente de Jerry Cornélius ; même si les situations se déroulent plus ou moins dans les mêmes temps, les plans n’offrent pas vraiment de simultanéité ou de causalité entre eux, il y a des falshbacks (Una Personn fracasse le crâne du zouave sur la terrasse du Corbusier), des arrêts dans l’action (Una Personn et le fantôme de sa sœur dans l’ascenseur, Dimitri qui attend sa dose et la danse du “petit représentant“, Una, qui prend le temps de regarder à travers les fenêtres, l’extérieur, Franck qui fait son discourt sur le marketing, Job qui tourne autour de la mallette et se rebelle contre l’Evêque en lui imposant de se taire). Ce montage parallèle se transforme petit à petit en montage alterné. Toutes les situations sont alors en rapports par rapprochement visuel et sonore, raccords d’élément, récréation du corps du christ avec plusieurs corps, symboles et allégories : un manteau rouge qui s’envole devient un coup de feu. La main de Jerry Cornélius, main qui sort de l’onde, ouverte en supination devient la main trouée de Franck Cornélius le frère. L’ouverture de la mallette par Job Ramirez rejoint les coups de feu et la destruction ; la boîte de Pandore est ouverte et c’est Una Personn qui figure tous les maux de la terre, donc Pandore elle-même. Et là l’allégorie s’inverse puisque Pandore tue ce qui est considéré dans le film comme les maux de la terre eux-mêmes : les représentants.
Il s’agit de faire se rejoindre toutes les histoires du monde : mythologies, récits bibliques, fables dans un processus figuratif qu’il soit littéral, en écho ou par des associations. De faire appel à des inconscients collectifs de spectateurs, des réminiscences par collures, flashs, collusions pour raconter ce monde en perdition. Ce monde instable, au bord du gouffre, qui va à sa perte est lui-même instable par la façon d’être conté, raconté dans L’assassin anglais, puisque les personnages et situations s’anéantissent dans la prolifération des signes, symboles, allégories, renversements, défaillances du scénario, des personnages, des croyances.
Cette histoire qui était déjà une doublure du monde en forme de cauchemar, par son négatif : rapports pervers érigés en norme, figure corrompue et répugnante des pouvoirs (Franck Cornélius le chef d’entreprise est le mal incarné, l’ecclésiastique dégoûtant, la scène d’amour physique sans sexe, sans amour vécue comme une prédation avec Miss Brunner et le professeur Hira) de l’épisode 1 et 2 s’inverse dans l’épisode 3, mais cette inversion n’est pas possible.
L’envers de l’envers n’est pas l’endroit. L’épisode 3 dit une chose et en montre une autre. C’est la machine Lovecraft en action, c’est la boîte de Pandore qui donne accès au multi-univers : tout est possible et son contraire. Tous les films de S.f qui parlent du voyage dans le temps le disent, si vous changez le cours du temps, vous créer un paradoxe, une autre réalité, pas celle que vous connaissez, une autre. Ici dans l’épisode 3, c’est comme si plusieurs réalités coexistaient. Ainsi l’envers de la fiction prend la forme d’images documentaires pour commencer l’épisode 3 : guerre en Irack, Rwanda, Viet Nam, Hiroshima, essais nucléaires, camp de concentration, raccord sur des points qui explosent qui deviennent des regards, raccord sur des regards jusqu’à l’aveuglement. Documentaire et fiction se mélangent et co-existe dans une confusion contemporaine. L’œil de Jerry Cornélius affleure à la surface, l’horreur n’est pas une prise de conscience qui nous ferait nous lever, bondir hors de nous, c’est un poids qui nous enfonce, ici dans une sorte d’impuissance, tandis que Jerry s’enfonce dans sa baignoire, on se noie dans un verre d’eau. Ensuite la radio, les médias racontent les aventures du messie Cornélius/Brunner qui résout tous les maux de l’humanité : guerre, famine, maladie, économie, accidents telluriques qui engendre la destruction. Et le film par son régime d’images aux couleurs crasseuses, saturées, bascule dans l’ombre, le délitement, l’engluement dans des situations banales : Dimitri Van Gesthalt est devenu l’un des meilleurs représentant de sa boîte, il baise, se rase, prend son café que sa petite femme lui a préparé, part au boulot jusque dans le centre commercial. Il finit dans le désert, face à la mer, ensablé, animal insecte, kakfkaïen.
Pourtant cet engluement s’explique par des absences, tellement d’absences que nous sommes manipulés mentalement comme le dit en critique Franck Cornélius. Cette absence est celle de la filiation. Les personnages de L’assassin anglais n’ont pas de père, ni de mère, et pas d’enfant. Ils flottent dans un monde sans genèse, ni finalité, du coup à chaque fois, ce qu’il faut ré-inventer ce sont toutes ces histoires, ces fables, ces mythes qui ressurgissent mais de manières confuses, indistinctes, perturbées. Nous n’avons aucun héritage à transmettre car ce que l’on nous a transmis c’est le chaos et la destruction sans espoir d’un monde meilleur. Lorsque la boîte de Pandore fut ouverte, tous les maux se déversèrent sur terre : Vieillesse, Maladie, Guerre, Famine, Misère, Folie, Vice, Tromperie, on dit que Pandore referma la boîte trop tard pour les retenir, et que seule l'Espérance, plus lente à réagir, y resta enfermée...
(à suivre)
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